1,8 %. Ce chiffre brut, presque anodin, dessine pourtant les contours d’une réalité méconnue : en France, moins de 2 % des millionnaires déclarés ont moins de 40 ans, selon les dernières données de l’INSEE et de cabinets spécialisés. Cette proportion contraste avec la forte représentation des millennials dans la population active.
L’accès à ce niveau de patrimoine se concentre principalement dans les grandes métropoles et résulte souvent d’une combinaison d’héritages précoces, d’entrepreneuriat technologique ou d’investissements immobiliers ciblés. Les stratégies de constitution de fortune varient fortement d’une génération à l’autre, révélant des écarts marqués en matière de gestion de patrimoine.
Les millennials face à la richesse : une génération en mutation
La génération millennials ne se contente pas d’emprunter les sentiers tracés par ses aînés. Elle impose ses priorités : une gestion active du patrimoine, la liquidité comme mot d’ordre, et une volonté de conjuguer placements immobiliers et entrepreneuriat social. Chez les moins de 40 ans déjà millionnaires, l’appétit pour la prise de risque s’accompagne d’une quête de sens. L’héritage, souvent montré du doigt, ne suffit plus à expliquer l’ascension rapide de certains profils : la création de valeur, la mobilité et une flexibilité patrimoniale affirmée deviennent des accélérateurs décisifs.La France s’apprête à vivre un transfert massif de richesses dans les vingt prochaines années. Les baby-boomers s’apprêtent à passer le flambeau aux nouvelles générations, provoquant une redistribution patrimoniale sans précédent. Aujourd’hui, 40 % du patrimoine national demeure concentré au sein d’un quart de la population, principalement des retraités. Le phénomène creuse les inégalités, tandis que les jeunes millionnaires tracent un autre chemin, misant sur des stratégies hybrides :
- Investir dans des start-ups à impact social
- Acquérir des actifs immobiliers dans les grandes villes ou sur le littoral
- Privilégier la flexibilité et une diversification poussée des placements
Selon les projections, 91 % des millionnaires français pourraient appartenir à la génération millennials au milieu du XXIe siècle. Dès 2046, la génération Z devrait prendre le relais parmi les nouveaux riches. Cette bascule annonce la montée en puissance d’une vision de la réussite où l’accumulation cède du terrain à l’impact, à la mobilité et à la gestion dynamique de la fortune.
Combien de millennials millionnaires en France aujourd’hui ?
La France s’impose discrètement comme une place forte de la richesse individuelle. Le Global Wealth Report (UBS) recense 2,9 millions de millionnaires en 2024, hissant l’Hexagone au troisième rang mondial, juste derrière les États-Unis et la Chine. Ce bond tient moins à l’apparition de grandes fortunes qu’à la flambée des prix immobiliers et à des effets de change favorables.
Dans les faits, la majorité des millionnaires français sont des Everyday Millionaires (EMILLI), avec un patrimoine situé entre un et cinq millions de dollars. Les millennials n’en constituent qu’une part réduite, mais leur nombre progresse nettement, tiré par la revalorisation des actifs et une transmission patrimoniale imminente.
Pour mieux saisir l’ampleur du phénomène, voici quelques chiffres marquants :
- En 2024, on dénombre 51 300 déci-millionnaires (plus de 10 millions de dollars)
- 24 900 multi-millionnaires (plus de 30 millions de dollars)
- 3 890 ultra-riches (plus de 50 millions de dollars)
D’après CapGemini, le nombre de millionnaires français a bondi de +6,4 % en 2023, soit plus de 50 000 nouveaux venus en une seule année. À ce rythme, le cap des 4 millions de millionnaires pourrait être franchi dès 2027, ouvrant la voie à une nouvelle génération d’héritiers… et de bâtisseurs. Les millennials, bien qu’encore minoritaires, s’affirment à la fois comme bénéficiaires et architectes de cette dynamique.
Comprendre les leviers de fortune propres aux millennials
Les millennials millionnaires dessinent des parcours atypiques, marqués par la pluralité des sources de richesse et une gestion patrimoniale renouvelée. Leur patrimoine ne repose plus uniquement sur l’immobilier ; il s’appuie sur la liquidité, la flexibilité et des investissements dans des entreprises à impact. L’entrepreneuriat social séduit autant que les placements responsables. Cette génération privilégie l’agilité, combinant actifs immobiliers, produits financiers et implication dans l’économie réelle.
Leur stratégie s’ancre dans un contexte mouvant. Paris, dynamisée par l’effet Brexit, attire désormais les institutions financières, renforçant l’attractivité de la capitale pour les jeunes investisseurs. L’évolution du CAC 40 (+17 % sur un an) a également contribué à la constitution de patrimoines récents, souvent issus des secteurs de la tech, du conseil ou de la finance.
Trois axes structurent leurs choix :
- Préférence affirmée pour la gestion active et la liquidité
- Investissements dans l’immobilier et les PME innovantes
- Recherche de sens via l’entrepreneuriat social et les fonds responsables
La France reste cependant en retrait en matière de grandes fortunes entrepreneuriales, comparée à l’Allemagne ou au Royaume-Uni. Le nombre de licornes, de PME exportatrices ou de sociétés de taille intermédiaire demeure encore limité. Mais la tendance est enclenchée : les millennials, détachés de la rente et mobiles, bousculent les codes de la propriété et de l’investissement, souvent en décalage avec les baby-boomers.
Éducation financière et stratégies patrimoniales adaptées à leur époque
Les millennials millionnaires entretiennent un rapport particulier à la gestion patrimoniale. Leur éducation financière s’est construite en marchant, à travers des réseaux, des formations privées, des outils digitaux. La confiance dans les banques privées s’étiole, la génération se tourne vers l’accès direct à l’information, la transparence des placements et la comparaison internationale des fiscalités.
Au cœur de leur stratégie : une adaptation permanente face aux évolutions réglementaires. La suppression de l’ISF, la mise en place de la flat-tax sur les revenus du capital, la stabilité fiscale relative depuis 2018, tout cela favorise la structuration patrimoniale. La question des droits de succession, jugés trop lourds par 74 % des Français selon OpinionWay/Les Echos, impose d’anticiper la transmission de patrimoine. Le sujet prend une ampleur inédite avec la perspective d’un transfert de richesses évalué à 80 000 milliards de dollars d’ici vingt ans à l’échelle mondiale.
Pour illustrer leurs priorités, leurs outils et stratégies se déclinent ainsi :
- Optimisation fiscale par le biais de holdings, du démembrement, de l’assurance-vie
- Arbitrages entre immobilier et placements financiers
- Recherche d’une mobilité internationale afin de diversifier les risques
Le débat sur la mise en place d’un impôt mondial sur les milliardaires, qui anime le G20, traverse peu la société française, où l’attention se porte sur la transmission et l’attractivité du territoire. Les millennials, ancrés dans une logique globale, peaufinent leurs stratégies, anticipent les bascules et s’affranchissent des modèles transmis par les baby-boomers. Ce sont eux qui dessinent déjà les contours d’un nouvel ordre patrimonial, plus mobile, plus agile, parfois plus audacieux.
Dans cette France en mouvement, les jeunes millionnaires ne se contentent plus de recevoir : ils créent, transforment et déplacent les lignes. La prochaine génération pourrait bien imposer ses propres règles du jeu, à rebours des certitudes d’hier.


